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title: Le « statut » de l'allié·e, un mythe réactionnaire
date: 2023-10-24
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  slugs: allié·es
  tags: militantisme
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Je suis une femme trans non-binaire, handicapée mentale, autiste et psychotique. Je vis en couple avec une personne musulmane. J'ai été accro pendant huit ans à Twitter, c'était sans doute la deuxième pire chose à m'être arrivé (je ne la souhaite vraiment à personne, et ce blog est notamment un outil militant contre l'addiction aux « récènes », « les récènes » étant la transcription de l'expression « les RSN » sans implications résales ou sociales, qui relèvent d'un mensonge complet – de la promesse d'un internet libre et de masse, dont ils nous éloignent en réalité ; leur arnaque, qui représente une forme de maltraitance numérique (Océane, 2023a), reposant au contraire sur l'étouffement de cet internet par d'autres médias bourgeois). Je sais que le terme d'allié·e vient de Twitter, qui a malheureusement donné pour une certaine partie sa forme actuelle à cette caricature de militantisme que l'on voit sur des récènes divers et variés, comme Instagram et même Mastodon (aberration monolithique d'un protocole modulaire). Premièrement, la multitude de relations duales que l'on peut entretenir sur un microblog est incompatible avec le militantisme, qui caractérise des communautés dédiées à défendre la santé des communautés – militantes ou non –, et qui implique donc une forme quelconque de coprésence spatiotemporelle, réelle ou métaphorique, impliquant ainsi la conscience d'une attention mutuelle aux besoins de nos pairs, notamment lorsqu'ils sont partagés, à tour de rôle, sous forme discursive, qu'il s'agisse par exemple d'une réunion, d'un salon IRC, ou d'une soirée chez un·e pote. C'est dans de telles modalités duales, acommunautaires et répondant à un besoin politique d'isolement des travailleur·euses au sein d'une société différenciée et marquée par un conflit de classes, que le terme d'allié·e a émergé : c'est un terme individualisant et ségrégateur, séparant la minorité oppressée, et légitime pour s'exprimer sur son oppression, de l'allié·e dont la parole sera toujours subordonnée à celle de la personne concernée. 

C'est globalement vrai, mais ce phénomène donne premièrement de l'eau au moulin des Terfs, qui revendiquent justement ce statut de minorités opprimées pour avancer des revendications transphobes et racistes. Je pense plus généralement que le féminisme n'est qu'une lutte sociale parmi d'autres et qu'un homme /straight/ handicapé a la même légitimité à critiquer ce que l'on nomme délicatement « le manque d'intersectionnalité » d'une féministe handiphobe que cette même féministe à critiquer la misogynie d'un autre homme /straight/ et handicapé (modèle complètement épuré et fictif).

Ensuite, il est du rôle de tou·te camarade de rester à sa place dans certaines circonstances, et de se documenter par divers moyens. Une personne qui lors de sa première réunion syndicale se mettrait à distribuer les bons et les mauvais points entre les différentes organisations locales n'augurerait rien de bon et serait sans doute pris·e à part par un·e camarade, qui dans l'idéal lui indiquerait que ce n'est pas forcément le meilleur moment pour se syndiquer, qu'iel doit d'abord prendre du temps pour ellui, pour se documenter, etc. ; ce·tte camarade pourrait lui demander les raisons premières de sa décisions de s'encarter, et pourrait voir avec ellui comment iel pourrait se renseigner et monter en compétence tout en répondant à ses propres besoins. De même, il va sans dire que lorsque mon chéri parle de son vécu avec d'autres personnes queer et racisées, je reste discrètement en arrière et je note d'éventuelles questions que je pourrais lui poser après. Mais il ne s'agit que de règles de savoir-vivre élémentaire, transposées dans un contexte militant, et auxquelles on peut associer le fait d'attendre son tour pour parler, le fait de ne pas débattre avec læ prof avant qu'iel n'ait fini son cours (l'expérience m'a montré qu'iel répondait à mes propres objections, plutôt naïves, d'étudiante avant la fin de la séance), etc. 

Le dualisme, profondément nietzschéen, qui caractérise la lecture de publications sur un récène et la personnification réalisée par une notification d'appréciation, que l'on espère et anticipe dans le vague (que l'on peut qualifier en pratique d'absolu) des millions d'utilisataires francophones d'un récène au moment de publier, ne sont que deux faces d'une même pièce. Or la personnification nous empêche de conceptualiser et est caractéristique de la communication de l'extrême-droite : que l'on ne parle plus de l'immigration mais des immigré·es ou du Ministère de l'Intérieur mais de Darmanin, c'est une même capacité de conceptualisation qui est attaquée à un niveau national (Océane, 2023b). C'est à ce titre que je peux qualifier « le rôle de l'allié·e » de mythe réactionnaire. 

https://océane.fr/la-maltraitance-numerique « La maltraitance numérique. Océ.fr » Océane, 2023a, « La maltraitance numérique. océ.fr ».

Océane, 2023b, « La personnification dégrade la critique. océ.fr ».