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title: Ma guérison de l'informatique propriétaire
date: 2023-12-12
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# Billet

C'est un billet de blog assez embarrassant à écrire, mais je ne suis pas une blogueuse pudique, et il me semble important de tenir une trace de mon rétablissement : j'ai cherché des solutions pendant près d'une décennie, et pendant une décennie, j'ai plus souffert, comparativement, qu'en hébergeant un prédateur domestique. Ce prédateur domestique cherchait à susciter en moi un sentiment de danger afin d'obtenir de l'attention sur ses besoins, renversement normatif total par rapport à une situation qu'il devait percevoir comme misérable et indigne. L'emprise numérique était pire. Si j'ai entendu ce prédateur hurler sur sa chienne pendant trois heures car elle était sortie en lui faisant la fête, l'amenant à se cogner la tête contre une poutre, et amenant un chiot de deux semaines à lui aboyer dessus pour défendre sa mère – ce que l'emprise, domestique et numérique, m'empêchait de faire –, j'ai passé des nuits blanches à tenter de déchiffrer des textes dont je devais présenter une fiche de lecture, tentant de /cope/ mon stress sur Twitter, en sachant pertinemment au fond qu'il alimentait le problème. L'emprise numérique était, globalement, une incapacité de travailler chez moi, à la bibliothèque, ou même de suivre mes cours, car j'avais toujours besoin de mon ordinateur et qu'étant accro à Twitter, il était très tentant de m'y connecter, notamment quand je décrochais. Par ailleurs, j'ai traversé une phase paranoïaque qui m'empêchait de travailler lorsque j'avais des problèmes de connexion internet, car je visualisais un équivalent étatique de mes harceleurs de lycée – des barbouzards associés à la DGSI – en train de provoquer volontairement des délires paranoïaques et d'exulter en voyant ma réaction, en me voyant prendre conscience que mes appareils étaient contrôlés, que j'étais sur écoute, que le monde, donc, était contrôlé par une élite cyberimpérialiste. Aujourd'hui, il ne me semble pas grave de décrocher ni même d'arriver avec une demi-heure de retard en cours (ce n'est pas poli, mais ça m'est déjà arrivé pour des raisons personnelles) : j'ouvre mon logiciel de prise de notes, je marque un « trou » (« (…) »), et je me remets à noter mes cours. Mieux, s'il m'arrive encore de décrocher sur mon compte Firefish pendant quelques minutes, il me suffit d'ouvrir Emacs, de taper `denote-open *​tend*act*.org `, et de reprendre des notes de mon cours. Alors que l'addiction à Twitter avait produit un déficit d'attention m'amenant non-seulement à sous-vocaliser, mais aussi à « bloquer » sur un paragraphe en m'imaginant péniblement taper chaque lettre au clavier, je suis passée en quelques semaines de 120 mots par minute, en français, à 400 mots par minute, en anglais – sans être, au moment où j'écris ces lignes, dans de bonnes conditions de lecture. Je vais donc énumérer les étapes par lesquelles j'en suis passée, personnellement, pour me rétablir de l'informatique propriétaire. 

Premièrement, j'ai installé Qubes OS. Je ne me rendais pas compte sur le coup des conséquences que ça aurait, car je voulais simplement faire ce qui était « bien », c'est-à-dire installer un système d'exploitation particulièrement sécurisé. Mais installer cette distribution de Xen m'a permis d'avoir un cadre sécurisant, au moins sur mon ordinateur, et donc de construire ma vie numérique. Sur mes recommandations, un ami paranoïaque a également installé ce système d'exploitation, et me dit désormais que « l'on continue de péter [sa] bécanne, mais elle tient une semaine et pas un quart d'heure ». Comme on le sait en psychanalyse, les enfants ont besoin d'un intérieur – d'un domicile – pour se construire une intériorité. Je pense que l'analogie peut s'appliquer à mon usage du numérique, dans la mesure où mon intériorité numérique – un ordinateur étant une machine à penser, à mettre en ordre le réel – était envahie par les récènes ; chiffrer mon disque dur apparaissait ainsi comme une tentative de séparer ce qui restait de ma pensée d'un environnement abusif. Si vous avez un enfant paranoïaque, s'il vous plaît, permettez-lui d'installer Qubes OS sur un ordinateur personnel. Demandez-lui ce dont il a besoin – certains ordinateurs sont plus compatibles que d'autres, certains sont certifiés mais coûtent très cher ; en revanche, 16 Go de mémoire vive devraient être suffisants pour permettre un usage correct. 

=> https://qubes-os.org Qubes OS

Dans la foulée, je me suis créé un compte sur les tildes. Avec le microblog, je tentais de répondre à plusieurs besoins : publier, organiser ma pensée, et faire communauté. Les tildes sont une communauté informelle de communautés intentionnelles, qui interagissent /via/ IRC, et qui fournissent des services communs, comme de l'hébergement de sites web statiques, ou de capsules Gemini. 

=> https://tildeverse.org Le tildeverse

C'est à peu près à la même période que j'ai piraté le livre Absolute OpenBSD, écrit par Michael W. Lucas, et que j'ai un peu mieux compris le fonctionnement des ordinateurs. Dans un livre anglophone, l'auteur montre assez clairement que les bugs sont relativement fréquents en informatique, tout en indiquant comment configurer OpenBSD, qui, de par ses principes de développement, en a très peu. Puisque les bugs avaient contribué à ma paranaoïa, installer ce système d'exploitation, après être passée par Qubes OS, m'a fait du bien. (Notez que Qubes OS est un système d'exploitation ne permettant qu'unn seull utilisataire, ce qui impose un ordinateur dédié pour une personne paranoïaque. OpenBSD est conçu pour avoir de nombreuxes utilisataires, notamment système – son modèle de sécurité repose dessus –, ce qui permettrait de partager l'ordinateur entre plusieurs membres de la famille. Honnêtement, je pense que lire ce livre et installer OpenBSD sur un ordinateur familial serait un beau geste d'amour, et que cela pourrait améliorer les relations familiales, avec un enfant paranoïaque, dans un cadre sain.) 

=> https://mwl.io/nonfiction/os#ao2e Absolute OpenBSD
=> https://openbsd.org OpenBSD

Pendant ce temps, j'investissais de plus en plus de temps sur Mastodon plutôt que sur Twitter. De manière générale, une personne malade reste capable de faire des choix rationnels, et reste consciente de ses intérêts, tout en luttant déjà, elle-même, contre la maladie. La première chose à faire est de respecter ce que l'on appelle, pour faire simple, son agencéité : on ne peut pas lutter pour cette personne, mais on peut la soutenir, l'écouter, et parfois seulement, lorsqu'il lui manque une information ou un point de vue externe, la conseiller. Je ne me rendais pas compte, à ce moment-là, que Mastodon était une piste pour décrocher de Twitter, et que ce récène a en fait été capital pour y parvenir, car s'il représente un clone éthique imparfait de Twitter, il en a éliminé un bon nombre de dispositifs de pouvoir intentionnels – par exemple, il est modéré. Mon rétablissement vis-à-vis de Twitter est donc passé par la prise en main d'autres logiciels, notamment grâce à Mastodon, comme GNU Emacs. Mastodon m'a permis de diversifier mon usage du numérique et donc de passer plus de temps sur Gemini, mais aussi de m'intéresser à Emacs. 

=> https://emacs.org GNU Emacs
=> https://geminiquickst.art Gemini

Le meilleur argument que j'ai trouvé, concernant GNU Emacs, est ce que publient ses utilisataires : site web, à nouveau, en anglais, mais dont les publications me semblent claires et contenir exactement le niveau de détail nécessaire au développement. Étant étudiante en sociologie, je voulais écrire comme ces personnes et j'ai donc pris en main ce logiciel. 

=> https://planet.emacslife.com Ce que publient les utilisataires d'Emacs

Par défaut, GNU Emacs est très moche, ne gère pas les citations bibliographiques, /etc/., donc j'inclus à la fin du billet un fichier de configuration minimal pour des étudiantts en sociologie. J'insérerai un commentaire sur Denote : ce logiciel est un Zettelkasten, il permet d'organiser et de structurer ses idées. Ce qui est génial avec Denote est qu'il n'y a pas de hors-sujet : avec un bête système de listes enchâssées, on peut considérer qu'une liste dépassant un certain niveau d'indentation et relativement longue représenterait une entrée autonome, qu'il suffirait de copier-coller dans un nouveau fichier, et de référencer. 

Je me suis enfin lancée dans le défi #100DaysToOffload, ce qui a été éprouvant dans un premier temps – j'ai passé trois jours pour écrire /« A Night at the Ops Era »/, je me couchais à 2h du matin – mais m'a permis de m'approprier l'écriture comme pratique artistique, et donc comme acte purificateur, séparant le sacré du profane ; permettant, pour le dire simplement, de dire « non » à l'égard de ce qui m'était arrivé, et donc de me libérer de mon statut de victime. GNU Emacs représente un environnement intégré extrêmement dense en affordances d'écriture, et a de nombreux défauts mais n'est pas dépassé depuis les années 70. Le livre [Mastering Emacs] est une mine d'or concernant cet éditeur de texte, il coûte 50€ mais on peut le pirater sur Z-Library. 

=> https://100daystooffload.com #100DaysToOffload
=> https://masteringemacs.com Mastering Emacs

Et maintenant ? Ce billet de blog n'est qu'un pétard mouillé ; si je voulais être intègre par rapport à mes objectifs, je ferais une vidéo et j'atteindrais des centaines de fois son audience potentielle. Mais je contribue, en tant que testeuse, à un logiciel de réseau social décentralisé et interopérable, Bonfire Networks, qui communique avec Mastodon et qui me donne bon espoir pour l'avenir de l'internet. Ses développeureuses prennent toutes les bonnes décisions et écoutent les retours de leur communauté ; ce logiciel intègre par ailleurs, comme Habitica, un système de création/assignation de tâches, ainsi que de groupes, de création/partage d'événements, /etc/. ; mieux, il est conçu comme un commun, pour être le plus facilement extensible possible, notamment grâce à un système de « recettes » intégrant des extensions pré-définies. Tandis que l'addiction à Twitter empêche de vivre et de construire sa vie, passer à Bonfire permettra justement de la détourner /pour/ accomplir des tâches, se rendre à des événements ; bref, à être ce que l'on considère comme unn citoyenn épanouii[1]. 

=> https://bonfirenetworks.org Bonfire Networks


# Annexe

\footnotesize 

```
(defvar bootstrap-version)
(let ((bootstrap-file
       (expand-file-name
        "straight/repos/straight.el/bootstrap.el"
        (or (bound-and-true-p straight-base-dir)
            user-emacs-directory)))
      (bootstrap-version 7))
  (unless (file-exists-p bootstrap-file)
    (with-current-buffer
        (url-retrieve-synchronously
         "https://raw.githubusercontent.com/radian-software/straight.el/develop/install.el"
         'silent 'inhibit-cookies)
      (goto-char (point-max))
      (eval-print-last-sexp)))
  (load bootstrap-file nil 'nomessage))

                                        ; Paquets

(straight-use-package 'material-theme)
(straight-use-package 'modus-themes)
(straight-use-package 'moody)
(straight-use-package 'minions)
(straight-use-package 'elfeed)
(straight-use-package 'denote)

(straight-use-package 'use-package)
(setq straight-use-package-by-default t)

                                        ; Apparence

                                        ; On désactive la barre de défilement

(tool-bar-mode -1)
(menu-bar-mode -1)
(toggle-scroll-bar -1)

                                        ; Thème et police d'écriture

(load-theme 'material t)
(add-to-list 'default-frame-alist
             '(font . "Menlo for Powerline"))


                                        ; On met des rubans avec Moody

(setq x-underline-at-descent-line t)
(setq x-underline-at-descent-line t)
(moody-replace-mode-line-buffer-identification)
(moody-replace-vc-mode)
(moody-replace-eldoc-minibuffer-message-function)

                                        ; Export avec LaTeX

(setq org-export-default-language "french")
(setq org-export-with-footnotes t)
(setq org-latex-compiler "xelatex")
(setq org-latex-default-packages-alist
      '(("" "hyperref" nil nil)
        ("" "graphicx" nil nil)
        ("" "fontspec" t ("xelatex"))
        ("" "polyglossia" t ("xelatex"))))

(require 'ox-latex)

                                        ; Gestion des citations

(require 'org)
(require 'oc-csl)
(require 'oc-biblatex)

(setq org-cite-global-bibliography '("/home/oceane/.emacs.d/bibliographie.bib"))

(setq org-cite-csl-styles-dir "/home/oceane/.emacs.d/styles-csl/")
(setq org-cite-csl-locales-dir "/home/oceane/.emacs.d/csl-locales/")

(setq org-cite-export-processors
  '((latex biblatex "author-year" "author-year")
   (t . (csl "revue-francaise-de-sociologie.csl"))))

```



Footnotes
_________

[1] J'entends « citoyenn » au sens de droit du sol.
