(document :title "Service public et néo-libéralisme le temps d'un
yaourt"
:author	"Océane"

  (p [Mangeant un yaourt, je regarde distraitement l'émission C à vous
  de ce soir, mettant en scène une personne présumée libérale, un
  présentateur, et un homme dont je ne sais que ce qu'il a dit : dans
  l'ordre, le présentateur demande à la libérale si la croissance ne
  lui paraît pas contradictoire avec les impératifs du moment (dont le
  réchauffement climatique). Peut-être est-ce car son électorat (ou
  son employeur) s'en fiche, peut-être a-t-elle botté en touche comme
  Aurélien Barrault face à des pauvres lui demandant ce qu'ils
  pouvaient faire pour moins polluer car (a) il avait une ligne
  « apolitique » à tenir, ou (b) il ne savait vraiment pas quoi
  répondre (« de toute façon selon les lois de la thermodynamique… »),
  toujours est-il qu'elle noya le poisson autour de la notion
  d'« élites », brodant avec difficulté : partant de l'exemple du
  Pr. Didier Raoult, le barycentre des élites se serait abaissé, il se
  trouverait dans les groupes militants.])

  (p [Premièrement, je suis libérale. Le projet libéral ne se
  réduisait pas à ses moyens – concurrence libre et non faussée,
  articulation des intérêts des entrepreneur·euses et des salarié·es,
  associée à un programme d'assistance qualifié par Robert Castel de
  particulièrement ambitieux et de peut-être sans équivalent
  historique,(footnote "Je chercherai les termes exacts quand je serai
  guérie de mon rhume, et quand mes lunettes seront réparées. Ou quand
  j'aurai encore perdu trois points de QI à cause de mon Covid. Qui
  sait ?") –, il visait avant tout à libérer le peuple des tutelles
  féodales, qui enserraient l'économie, et qui le faisaient mourir de
  faim.])

  (p [L'intendant de Normandie, équivalent médiéval d'un préfet, écrit
  dans son adresse annuelle au Roi de France, en 1693, que « La misère
  est au-delà de tout ce que vous pouvez imaginer. Le peuple, qui pour
  la plupart du temps meurt réellement de faim, [est au bord de la
  révolte ?], et il est à craindre qu'ils ne coupent les épis de blé
  avant qu'ils ne soient mûrs.])

  (p [Selon Robert Castel encore, un quart de la population de
  Florence (chiffres et ville à vérifier) ne mange pas tous les jours,
  et ce chiffre monte à la moitié en temps de famine, tous les trois à
  quatre ans. Bref, le libéralisme se voulait une solution à notre
  incapacité ,(emph "d'extraire et de transformer suffisamment
  rapidement les matières premières").])

  (p [Puisque les famines sont désormais dues à une inégalité de
  répartition des ressources, mais que nous pourrions produire pour
  nourrir toute la planète, force est de constater qu'il fut au moins
  une solution européenne au problème du féodalisme européen. Les
  postulats du libéralisme, rapidement dévoyés par les entrepreneurs –
  car, je le sais personnellement, il faudrait être dénué·e de toute
  morale, disposé·e à exploiter des travailleur·euses en arrêt
  maladie, pour se constituer un patrimoine – sous une forme
  « barbare », restent suffisamment solides pour avoir libéré les
  populations européennes du joug monarchiste.])

  (p [En revanche, le projet reste inachevé puisque nous devons
  libérer le peuple des tutelles entreprenorales. Il s'agit d'une
  correction à mi-trajectoire – l'anarchisme et le marxisme – du
  projet libéral. Par ailleurs, son implémentation est désormais bien
  trop ,(emph "performante") – nous extrayons, transformons, et
  commercialisons les ressources à un rythme désormais bien trop
  rapide pour nos ressources environnementales, de sorte que tout·e
  véritable libéral·e – tout·e libéral·e préoccupé·e par le bien du
  peuple – reconnaît le besoin de freiner cette extraction. Nous
  devons décroître. Qu'en pensent les électaires, ou les
  commanditaires, de cette illustre femme ?])

  (p [Intervention convenue d'un homme ressemblant à De Villepin, puis
  d'un barbu à lunettes expliquant – brodant, là encore – qu'il était
  peut-être bon que le peuple français ne fasse pas trop confiance à
  ses dirigeant·es, car un État dont le peuple ferait confiance aux
  dirigeant·es serait une dictature.])

  (p [D'une part, je suis patriote – j'aime inconditionnellement la
  biomasse de mon pays. J'aime sa faune, sa flore, je m'émeus en
  lisant ,(ref :url
  "https://fr.wikisource.org/wiki/M%C3%A9ditations_po%C3%A9tiques_(%C3%A9d._originale_1820)/Le_Lac"
  :text ",(it Le Lac)") d'Alphonse de Lamartine ; et j'aime
  inconditionnellement ses habitant·es. Ses citoyen·nes. Le
  nationalisme prend des airs d'amour conditionnel, en réalité d'amour
  patrimonial des règles et des règles du patrimoine. Les
  nationalistes aiment (1) casser de la pédale, (2) leurs patrimoines,
  (3) s'assurer que le reste de leurs relations soient aussi peu
  informées qu'elleux (ça les rassure). Alors que le patriotisme ne
  saurait établir de discrimination entre des chrétien'nes et des
  musulman'es, puisque toustes font partie de la biomasse du pays, le
  nationalisme en impose afin de rentabiliser les patrimoines et donc
  d'assurer une ségrégation raciale sur le marché du travail (et donc
  dans les salaires), ainsi qu'une confortable surproduction
  d'appareils électroniques voués à la poubelle. Nos
  semi-conducteurs ! Ces deux notions sont donc, dans un pays dont les
  règles sont appliquées de manière monstrueuse, « barbare »,
  meurtrière, antinomiques.])

  (p [Je ne saurais donc relier les intérêts du peuple français – dont
  la biomasse environnante se meurt – à ceux de l'État, de la
  nation. L'électoralisme est sans doute une forme de militantisme
  pertiente, avec le librisme, le syndicalisme, l'art, les
  coopératives, les associations à but non-lucratif, ,(it "etc"). Si
  ces formes de militantisme s'entremêlent souvent, on ne peut pas
  exiger de syndicalistes – formé·es au droit du travail – de se
  former, en sus, en graphisme, en montage vidéo, et en droit
  constitutionnel, en logiciels libres, ,(it "etc"). Si dans tout
  collectif, des commissions spécialisées sont pertinentes, l'enjeu
  du syndicalisme est d'extraire de l'argent de son employeur, celui
  de l'art est de communiquer et de produire du beau – de répondre à
  des besoins sociaux et psychiques –, ,(it "etc"). En revanche,
  l'électoralisme ne sert qu'à mitiger les dégâts, à réparer un pays
  trop abîmé par des décennies de néo-libéralisme – de mercenariat
  pseudo-libéral, incapable de répondre à une bête question d'examen
  –, et ne peut pas représenter en soi une sortie révolutionnaire du
  modèle étatique.])

  (p [Je rejoins donc l'idée de cet homme : il est normal de se méfier
  de ses dirigeant·es ; mais ce qui définit la dictature en soi n'est
  pas l'absence de méfiance envers les dirigeant·es : c'est l'absence
  d'information.])

  (p [La santé d'une démocratie est directement corrélée à la
  circulation des informations. C'est pour ça que ,(ref :url
  "https://gnu.org" :text "mes ami·es et moi") développons, avec des
  ressources largement insuffisantes, ,(ref :url
  "https://circle.gnome.org" :text "des logiciels que tout le monde
  puisse utiliser", dont tout le monde puisse vérifier le
  fonctionnement, et dont tout le monde puisse faire, et redistribuer,
  des versions dérivées. C'est aussi pour cela que nos gouvernements
  ont ouvert la porte à des environnements privilégiant toujours la
  dégradation de notre compréhension du numérique au maintien d'une
  expérience utilisataire satisfaisante, comme Microsoft Windows (ou
  comme une entreprise dont le logo ressemble à des aimants à
  frigos).])

  (p [Voir un tel débit d'âneries – le temps d'un yaourt ! – me
  concernant directement appelait à une rectification. Je ne sais pas
  ce que ces personnes faisaient sur un plateau télé à parler de
  démocratie, mais le train arrive, droit sur nous, à toute vitesse.])

  (p [Syndiquez-vous, faites de l'art, rejoignez ,(ref :url
  "https://gnu.org" :text "le projet GNU")… De mon point de vue, c'est
  tout le vivant qui est impliqué.]))